Des maquettes pour remonter le temps
J'ai commencé à
construire mes premières maquettes en rapport avec l'archéologie
voici une vingtaine d'années. Beaucoup de maquettes ont été
réalisées depuis, dont les trois quarts se trouvent dans
les salles du Musée Saint- Rémi à
Reims. D'autres maquettes sont à
Compiègne,
à Auxerre,
à Charleville,
à Paris, à Versailles ou à Bruxelles.
Ces maquettes couvrent une vaste période de temps qui va du Paléolithique
moyen au 12e siècle de notre ère. Ces reconstitutions proposent
une image du passé et intègrent les données de fouilles
récentes et d'études spécialisées (archéozoologie pour la
faune, archéologie expérimentale pour les habitats par exemple,
anthracologie et palynologie pour la reconstitution des paysages).
Chaque maquette s'efforce de vulgariser une série d'informations
sous une forme attrayante, immédiatement lisible et accessible pour
tout public, en alliant exactitude scientifique et qualités esthétiques,
sens du détail, réalisme et authenticité.
Le maquettiste ne se contente pas de fabriquer des éléments
épars, il doit aussi les assembler de façon cohérente
et réfléchie, les organiser dans un espace restreint, en
élaborant un sens de lecture qui permettent de les associer et de
les relier, qui les rendent suffisamment transparents pour que la nature
et le sens des activités représentées soient facilement
reconnaissables, pour que la fonction des objets utilisés soit suffisament
évidente, pour que les objets eux-mêmes soient clairement
identifiés et soient suffisamment ressemblants pour renvoyer éventuellement
aux objets grandeur nature qui figurent dans les vitrines du musée.
Les maquettes permettent de rendre compte des activités humaines
les plus diverses, à travers toutes les civilisations et toutes
les périodes de la préhistoire, de la protohistoire et de
l'histoire : scènes de chasse, agriculture, élevage, habitats,
techniques artisanales, religion, art, coutumes funéraires.
On peut ranger les maquettes en deux catégories :
1.Celles qui font référence
à un site précis,
qui exploitent des données de fouille et tentent de synthétiser
et de mettre en forme toutes les informations relatives à ce site,
y compris en essayant de combler les vides que la fouille n'a pas pu réussir
à combler. Elles essayent de représenter une réalité
appréhendée sur le terrain à travers des plans, des
coupes, des relevés, des photos, des dessins, et un rapport de fouille
apportant parfois plus d'interrogations que de réponses.. Rien n'est
plus difficile à reconstituer en trois dimensions que le vide ou
que des interrogations!
2.Celles qui s'efforcent de restituer
une activité particulière, une tranche de vie à une époque donnée
et qui utilisent en les "panachant" des informations recueillies
sur plusieurs sites de la même période.
Un projet de maquette se prépare de différentes façons:
- sur le terrain , quand c'est possible, pour comprendre la topographie du terrain, pour percevoir la taille et la forme
d'un hypogée SOM par exemple.
- en allant voir à quoi ressemble la charpente d'une maison protohistorique
sur un site d'expérimentation
archéologique, tout en
s'imprégnant de l'ambiance d'un habitat, en y observant la couleur
et la patine des matériaux, l'usure des sols, le désordre
qui s'installe dans les lieux fréquentés par des animaux
et des hommes.
- en travaillant régulièrement sur des chantiers
de fouille afin d'y apprendre
à lire et à interpréter des structures archéologiques.
- en allant voir en ULM ou
en avion à quoi ressemble
un paysage et comment s'y fondent et y apparaissent les traces d'occupation
humaine au cours des siècles.
- en compulsant enfin, des monceaux de
documentation de toute nature : livres, publications spécialisées,
plans, photos, dessins.
- en mettant à l'échelle des plans qui serviront à construire des reliefs correspondant au
plus près à la réalité d'un site.
Une maquette a comme point de départ un cahier des charges détaillé,
et sa construction se fonde sur un plan général des structures,
avec des zones de circulation à faire apparaître, des plans
de bâtiments, des croquis en volume, des coupes de four à
reproduire avec exactitude, un tour à construire en miniature, de
formes céramiques à fabriquer en série et nécessite
des dizaines d'heures de travail pour aboutir au résultat final.